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Dynamique des débats 2.0

Mardi 13 avril 2010

Ma dernière présentation sur les débats web.

Je positionne mes travaux dans un contexte web-social-sémantique. La présentation était accompagnée d’une démo d’un ensemble de portlets permettant de faire des annotations discursives et sémantiques.

Collectivités 2.0

Lundi 21 décembre 2009

Après avoir parlé d’Entreprise 2.0 , venons-en à ce qui m’intéresse vraiment dans le cadre de ma thèse : la Démocratie 2.0.
Enfin presque, on va d’abord parler ici de Collectivité 2.0.

Commençons par définir ce qu’est la Collectivité 2.0 :
Que trouve-t-on sur google?
On trouve le site de la société Client au coeur qui dit :
Une « collectivité 2.0 » utilise les nouvelles technologies Internet pour permettre une participation plus forte des citoyens à la vie locale. Ces technologies numériques facilitent la construction sociale du territoire : elles privilégient la collaboration et l’auto-organisation.

Personnellement je pense que c’est une erreur que de commencer par parler de citoyens et de territoire sans avoir au préalable dit ce qu’était une collectivité. De façon encore plus naïve, on aurait pu dire en s’inspirant de la définition de l’Entreprise 2.0 :
La Collectivité 2.0 est l’utilisation émergente de plateformes d’applications sociales au sein de collectivité, ou entre des collectivités et leurs interlocuteurs.

Donc il faut commencer par bien définir ce que l’on entend par Collectivité.

L’article 72 de la constitution française :

Les collectivités territoriales de la République sont les communes, les départements, les régions, les collectivités à statut particulier et les collectivités d’outre-mer régies par l’article 74. Toute autre collectivité territoriale est créée par la loi, le cas échéant en lieu et place d’une ou de plusieurs collectivités mentionnées au présent alinéa.
Les collectivités territoriales ont vocation à prendre les décisions pour l’ensemble des compétences qui peuvent le mieux être mises en œuvre à leur échelon.
Dans les conditions prévues par la loi, ces collectivités s’administrent librement par des conseils élus et disposent d’un pouvoir réglementaire pour l’exercice de leurs compétences. [...]

On parle donc de collectivités territoriales. Donc Client au coeur a raison de parler de territoire dans sa définition. Il est même dit “construction sociale du territoire”. Si l’on parle de Collectivité 2.0, c’est bien que l’on se demande ce que les technologies du web2.0 vont pouvoir améliorer dans le travail des collectivités territoriales, donc que l’on prend en compte l’aspect social.

Le travail d’une collectivité territoriale c’est quoi?

Il me semble que le travail d’une collectivité territoriale est d’améliorer les conditions de vie des citoyens d’un territoire (je suis sûrement naïf). Cela passe donc par l’aménagement du territoire, par une mise en place de services aux citoyens. Il y a des enjeux économiques, une dimension sociale, une dimension spatiale. Sur Wikipedia, on trouve à aménagement du territoire tout un ensemble de secteurs d’intervention :

  • le développement économique
  • les politiques sociales spatialisées
  • les politiques du logement
  • le développement des infrastructures
  • la disponibilité des ressources en eau et leur gestion intégrée afin d’assurer leur durabilité
  • la préservation et la mise en valeur de l’environnement comme on la conçoit par exemple dans la gestion intégrée des zones côtières

Dans le même article, on trouve aussi que l’objectif des collectivités territoriales est le suivant :

l’accompagnement du développement économique (donc oui je suis naïf), et la réduction des inégalités spatiales en termes économiques ou sociaux.

Au final, faut-il vraiment voir l’institution “collectivité territoriale” comme au service du citoyen? Une collectivité territoriale est toujours dirigée par un ou plusieues élu(s). Il ne faut donc pas perdre de vue que les actions de la collectivité sont toujours liées aux décisions politiques de ses élus.

Quels sont les moyens d’action des collectivités territoriales? Il n’y a pas de pouvoir législatif. Par contre elles ont un pouvoir règlementaire au niveau de l’urbanisme (elles construisent et subventionnent en fixant des règles). Elles font, construisent, mettent en place des services en utilisant les moyens financiers que leurs procurent la fiscalité locale et les dotations financières de l’Etat. Elles disposent de pouvoirs de police en matière de gestion d’espaces publics, de droit social , et de réglementation sur l’urbanisme (gestion de l’espace, environnement, ou de prestations privée ou publiques à certains publics tels les transports, les tarifs de maisons de retraite ou autres services publics).

Dans l’ensemble de ces actes, la communication avec le public est forte, allant dans certains cas de la simple information à de la concertation-participation voire des démarches de sensibilisation et jusqu’à de la formation ou de l’éducation.

Ce qu’il faut retenir donc c’est que l’institution collectivité territoriale (une mairie, un conseil général ou régional,…) est d’un côté à l’écoute des citoyens et de l’autre fortement guidée par la politique d’un ou plusieurs élu(s). Donc son véritable rôle est de faire le lien entre les citoyens et la politique pratiquée. Il y a donc un travail de concertation et aussi un travail de communication et d’information (de sensibilisation). Il faut savoir ce qu’attendent les citoyens et leur communiquer ce que fait la politique et en quoi cela les concerne. Les sensibiliser, c’est aussi leur demander d’adhérer à une action collective qui va ne porter ses fruits que par l’addition des bons comportements individuels (exemple du tri collectif des déchets).

Dans Collectivité 2.0 comme dans Entreprise 2.0, il y a cette idée d’émergence de pratiques web. Donc les outils Collectivité 2.0 ne doivent pas être imposés par l’institution mais bien proposés et adoptés par les utilisateurs. Un blog ou un wiki citoyen sont “Collectivité 2.0″. Ce côté émergent est très gênant pour l’institution. Elle n’a pas le contrôle de ce qui est dit. Contrôle au sens de l’image qui est véhiculée mais aussi l’accès au contenu, à l’information. N’importe qui peut monter son blog parlant de la vie dans sa région. Et n’importe qui peut se faire le porteur d’une demande que la collectivité risque de ne pas pouvoir satisfaire et risque même de ne pas avoir décelée.

Mais heureusement pour l’institution, il lui reste des moyens d’agir. Pour commencer, une institution territoriale se doit d’avoir un portail web. Un site qui lui serve de vitrine, qui lui permette de communiquer (au sens présenter de l’information). Là ou interviennent les technologies web2.0, c’est que ce portail web ne doit pas être uniquement une vitrine. Il faut que l’institution soit à l’initiative de l’expression d’une demande ou qu’elle soit avertie de cette demande dés le début de la réflexion. Et c’est là le plus gros enjeu de son site web.

Dans l’Entreprise 2.0, les objectifs sont l’amélioration de la communication à l’intérieur de l’entreprise et l’amélioration de la veille et la capitalisation des connaissances.

Dans la Collectivité 2.0, les objectifs sont l’amélioration de la communication à l’intérieur de la collectivité (donc entre les citoyens, l’institution et les élus) et l’identification des acteurs.

L’institution ne peut pas être maîtresse de tous les outils de la Collectivité 2.0. Mais elle reste maîtresse de son propre site, son portail. A elle de faire en sorte que celui-ci soit au centre de la Collectivité 2.0. Je pense qu’il n’y a rien de pire qu’un site institutionnel qui n’a aucun recueil d’avis et qui se retrouve dépassé par le blog d’un tiers. Dans ce cas, l’institution n’entendra sûrement jamais ces avis, et donc les élus non plus…

Quels sont les apports attendus des outils web2.0?

On part donc du principe que le site au coeur de la Collectivité 2.0 est celui d’une institution représentant une collectivité territoriale. Au coeur ne signifie pas que ce site doit être le plus visible nécessairement. Au coeur signifie que ce site permettra de relayer toute l’activité de la Collectivité 2.0, aggréger cette activité et lui donner une visibilité. Pour moi, cela veut dire que ce site doit répondre au paradigme SLATES de Andrew McAfee. Bien que je présente SLATES dans l’article Entreprise2.0, je reviens sur celui-ci afin de l’expliciter dans le contexte des collectivités.

SLATES pour le site institutionnel d’une collectivité:

  • Search : l’utilisateur doit pouvoir trouver toute l’information qu’il cherche. Que cette information soit générée par l’institution ou qu’elle provienne d’un autre acteur sur un autre site.
  • Links : l’utilisateur doit pouvoir lier les informations. En particulier si les informations ne proviennent pas du site institutionnel, il doit pouvoir signaler et référencer cette information dans le site institutionnel.
  • Authoring : l’utilisateur doit pouvoir émettre son avis, faire partager son expérience au sein du site institutionnel même s’il peut le faire par ailleurs. Ceci est de prime importance dans le travail d’identification des acteurs.
  • Tags : l’utilisateur doit pouvoir participer au travail de catégorisation des informations. Les tags permettent cette catégorisation et permettent de garder une trace du passage de l’utilisateur.
  • Extensions : le site institutionnel doit pouvoir recommander des lectures à ses visiteurs, des lectures provenant du site institutionnel ou non.
  • Signals : le site doit permettre à chacun de suivre l’évolution de l’activité de la collectivité 2.0 (modifications du site institutionnel, modifications d’autres sites de la collectivité2.0, visibilité du planning événementiel,…).

Quelles sont les solutions?

Toute la difficulté est de concilier les besoins, les solutions, la simplicité d’usage et les problèmes de confidentialité.

Le premier besoin est celui de la communication. De base, il faut que les supports de communication soient bien conçus. Donc il faut travailler avec des experts et des professionnels de la communication pour bien présenter son discours. Mais surtout, d’un point de vue web2.0, il faut être capable de mesurer l’impact de cette communication (afin le cas échéant de modifier la stratégie de communication). Pour mesurer l’impact il faut se doter d’indicateurs (selon l’impact d’ailleurs). Ces indicateurs peuvent aller des simples données de fréquentation (visite de la page, nombre de téléchargement,…) à des données plus qualitatives comme la possibilité de laisser un avis. N’oublions pas qu’un service sur le web peut être vu comme étant donnant-donnant. L’utilisateur profite d’un service mais peut laisser des données pour améliorer ce service. Il est toujours possible de demander à ce que l’utilisateur remplisse une page de profil ou un formulaire d’enquête de satisfaction afin d’avoir le droit d’accéder à une certaine information. C’est là qu’il faut penser simplicité d’usage. Plus l’utilisateur devra déclarer d’informations plus il sera rebuté par l’utilisation du service. C’est aussi ici que se posent les questions de confidentialité. Il faut bien que ces informations soient utilisées à des fins légitimes et non conservées dans un objectif de fichage.

Ces idées de profil et d’enquêtes de satisfaction servent aussi un autre besoin, celui d’identifier les acteurs. La problématique de l’Entreprise 2.0 de capitalisation de connaissances est moins importante dans la Collectivité 2.0. Dans la collectivité 2.0, il faut surtout se doter des bons interlocuteurs, savoir qui possède quelles compétences, qui partage quel centre d’intérêt, et s’il existe une structure de groupe (collectif, association, …). Ce problème d’identification des acteurs s’apparente à un sous problème de celui de la veille d’information. Les pratiques actuelles reposent principalement sur une analyse et un recoupement de l’information. Ce qui revient à fouiller le web bien souvent en saisissant les bons mots clefs dans google et en suivant les liens. Les blogs, les portails et les wikis de particuliers et d’associations sont un véritable pain béni pour les veilleurs. Il en va donc de même pour l’institution d’une collectivité. Il faut sans cesse chercher les nouveaux sites traitant du territoire et les référencer dans le portail institutionnel. Il faut se syndiquer dés que possible à ces sites (s’abonner aux flux RSS proposés, à des newsletters,…). Il faut exploiter ces flux de syndication à hauteur du portail (inclure le flux dans l’interface du portail par exemple). Il faut aussi penser à inscrire l’institution comme utilisateur de ces sites. La pratique de veille inverse existe aussi, plutôt que de chercher l’information, pourquoi ne pas la demander aux utilisateurs. Il faut donc proposer des services qui encouragent l’utilisateur à donner des informations permettant de mieux cerner qui il est. Un site institutionnel pourrait très bien proposer lui même un wiki, une solution de blogs hébergés, un forum,… Il reste une règle fondamentale, l’utilisateur est toujours méfiant quand on lui demande des informations personnelles. Et cette méfiance est sûrement justifiée. La bonne pratique à mes yeux est de ne jamais demander d’informations inutiles ou superflues, de ne demander des informations que pour améliorer les services rendus et de toujours expliciter comment sont exploitées ces informations.

Les sites identifiés par l’institution comme étant générateurs de contenus et donc moyen de récupérer des informations sont aussi des vecteurs de communication. Une fois que l’on a bien identifié les utilisateurs d’un blog ou d’un forum, on peut alors utiliser ce blog ou ce forum pour signaler la création d’une nouvelle information. L’idée est celle de la diffusion de l’information par le réseau. Pensez à cette initiative de IKEA sur facebook. Les outils de réseaux sociaux sont un excellent moyen de diffuser de l’information, encore faut-il bien penser le support. Le lien aux autres sites ou plateformes est dans les deux sens. Le site institutionnel doit rapatrier l’activité du réseau mais doit aussi diffuser sur le réseau (créer un twitter, un post sur facebook,…).

Un autre besoin identifié est celui de la gestion d’événementiels. Il ne faut pas penser communication, visibilité, réseau sur internet déconnecté de la “vie réelle”. La communication de l’institution passe par internet mais passe toujours par l’organisation d’événements réels. Les nouveaux outils de réseaux comme peuplade ou la ruche ont tout à fait compris ce point. Ces applications sont aussi des solutions de gestion d’événements. Cet aspect événementiel est même central dans l’outil. Les discussions dans l’outil permettent de préparer ces événements, elles sont poursuivies lors de l’événement, la discussion au cours de l’événement peut-être synthétisée dans l’outil une fois l’événement clôt. Il y a un aspect organisationnel mais aussi une consultation sur le fond. Qu’attendent les citoyens de l’événement? La consultation grâce à internet offre de grandes perspectives à qui saura traiter l’information produite correctement.

Et on touche là aux limites actuelles de la Collectivité 2.0.

Les deux points sur lesquels la Collectivité 2.0 n’est pas encore une solution sont celui de la consultation et du lien entre les citoyens et les élus. Pour l’instant on manque de pratique et de traitement. Il y a fort à espérer que les technologies du web sémantique pourront apporter au niveau du traitement de l’information provenant de processus de consultation sur internet. Ce qu’il manque avant tout c’est une véritable expérience de la consultation en ligne. Pas juste une analyse de débats sur des forums. Non, une vraie expérimentation dans laquelle des élus et des citoyens acceptent de jouer le jeu d’une consultation par internet. Donc des débats s’incluant dans des processus réels. Des élus qui investissent du temps pour la participation en ligne. Une institution et des élus qui jouent le jeu de la transparence. Il faut un processus ou les décisions prises sont justifiées par le contexte de la consultation. Donc dans le site, la possibilité de dire : l’institution met en oeuvre telle décision prise par tels élus suite aux arguments évoqués par les utilisateurs de tel débat en ligne.

social web and semantic web

Lundi 30 novembre 2009

Nous avons reçu Freddy Limpens comme invité au labo vendredi 27 décembre à l’occasion d’un séminaire doctorants. Merci encore à Guillaume Artignan pour l’organisation.
Le sujet de la présentation de Freddy Limpens : Social web and semantic web towards synergy between folksonomies and ontologies.

La page de Freddy sur son blog au sujet de cette journèe

Ce que j’ai retenu très rapidement de cette présentation :

  • Un état de l’art sur les folksonomies et les ontologies. Les limites et apports de chaque approche.
  • Comment lier les deux sur le web?
  • Un point sur les ontologies SIOC, FOAF, SKOS, comment connecter le réseau via les connaissances partagées. Trés intéressant en ce qui concerne la représentation de l’identité numérique et de l’activité sur le web.
  • En dernière partie, proposition d’un enrichissement sémantique des folksonomies permettant à chacun d’exprimer un point de vue sur une relation entre tags. Cette dernière partie rejoint vraiment l’une des pistes que l’on aimerait explorer dans ma thèse sur comment représenter le point de vue des utilisateurs sur une ressource web participatif (billet de blog ou de forum par exemple).

Les slides de Freddy Limpens sont disponibles sur Slideshare.

CST première année

Mardi 17 novembre 2009

Et voilà, première année finie. Je vous livre tel qu’il a été présenté lors de mon Comité de Suivi de Thèse le rapport de mon travail de première année.

Intitulé de la thèse : Visualisation d’interactions entre acteurs et agents dans le cadre des débats publics

Le débat public

Le débat public est avant tout un moyen de réduire les incertitudes.
[Caillon et al, 2002] « Comme les spécialistes n’ont pas de réponses définitives et robustes aux questions que se posent ces groupes, et comme par ailleurs les hommes politiques sont désarmés devant ce foisonnement de prises de parole inattendues et changeantes, les institutions craquent de tous les côtés. La seule solution est d’accueillir ces groupes concernés et de tenir compte de leurs demandes. Un débat public digne de ce nom doit organiser cet accueil et faciliter la réduction des incertitudes. »
La réduction des incertitudes passe par l’information des citoyens et la co-construction d’un savoir par les groupes concernés. [Caillon et al, 2002] «il faut abandonner la facile opposition entre ceux qui savent et ceux qui ne savent pas, pour accepter la notion de groupe concerné et pour reconnaître à ces groupes la capacité de co-produire les savoirs qui leur sont destinés. »
Cette réduction d’incertitude et cette création de savoir sont d’ailleurs moteurs de la dynamique des débats. [qu'en pensent les citoyens] « Au fur et à mesure que les savoirs réduisent les incertitudes, de nouvelles options émergent, qui suscitent de nouvelles inquiétudes. Des groupes concernés disparaissent ou se transforment en groupes de pression, d’autres réapparaissent et relancent la recherche.»
[Vedel, 2003] associe trois axes au débat :

  • l’axe de l’information « pour prendre de bonnes décisions et participer à part entière au processus démocratique, les citoyens doivent être complètement informés. »
  • l’axe de la discussion « L’internet est vu comme un instrument permettant de stimuler et d’enrichir la discussion entre citoyens. (…) la création d’un espace public vigoureux et ouvert, à même d’accueillir l’expression d’idées multiples et de demandes qui ne peuvent se manifester dans le cadre institutionnel et rigide de la démocratie représentative »
  • l’axe de la décision « de la consultation ponctuelle des citoyens à leur intervention directe dans le processus de décision. (…) [Internet] ne serait pas seulement un moyen de communication commode entre gouvernants et gouvernés, mais créerait un canal d’expression civique qui modifierait le rapport de forces entre gouvernants et gouvernés. »

Sans ces trois axes, il n’y a pas de débat pour Vedel : « Multiplier les sources d’information n’accroît pas les capacités cognitives des individus. Fluidifier la circulation de l’information ne crée pas la transparence tant que l’opacité reste une ressource stratégique. Discuter entre citoyens du monde n’est qu’un agréable échange si l’on ne sait pas construire une décision collective. »
Nous proposons la définition suivante :
Un débat public est une discussion entre citoyens informés portant sur une question dont l’issue n’est pas certaine et dont l’objectif est de prendre des décisions.

Le débat sur internet

Peut-on considérer alors que le débat existe déjà sur internet?
Internet est le moyen de communication à plus large canal. Dés le début il a été possible de visionner des documents et de les éditer. Très rapidement ont été mis en place des solutions de discussions mail et IRC. Internet permet à n utilisateurs de communiquer avec n utilisateurs. En comparaison, le téléphone est un mode de communication 1 1, la télévision un mode de communication 1 n.
Et c’est encore plus vrai avec le web 2.0. C’est le web de l’interaction, le web collaboratif, le web participatif, le web social. L’utilisateur est au cœur de la production de données grâce à des outils simples d’usage comme les blogs, les forums, les wikis…
[Price, 2006] considère qu’internet va beaucoup apporter aux débats publics :

  • Bien que peu importants en nombre et en qualité, les discussions en ligne sont de plus en plus utilisées par les citoyens. Signe d’acceptation de l’outil internet dans ce contexte.
  • Des groupes peuvent interagir (interaction interne au groupe et externe entre groupes) malgré des contraintes de distances géographiques.
  • Les coûts de mise en place sont réduits.
  • La visibilité est fortement augmentée.

Mais est-ce suffisant? Ce n’est pas parce que des citoyens peuvent discuter en ligne de problèmes de société que l’on peut considérer qu’il y a débat public.
On retrouve aussi chez [Fung, 2006] l’importance du lien entre la discussion et la décision. Il mesure la qualité du débat en fonction de trois axes dont l’un est l’impact des discussions des citoyens sur la décision des gouvernants. Les deux autres étant d’un côté les participants du débat (comment ils sont sélectionnés et qui sont-ils), de l’autre les modes de communication et de prise de décision (parole libre pour tous, exposés de quelques uns, vote, …).
De plus, internet tel qu’il est aujourd’hui apporte aussi son lot de problèmes. Le web 2.0 apporte une simplicité d’usage mais aussi la profusion de sources d’informations. Trouver la bonne information devient une activité à part entière. Comme le souligne [Vedel, 2003] « les citoyens sont plutôt des animaux politiques paresseux qui s’efforcent d’économiser leur énergie : une grande part de leur activité consiste non pas à rechercher plus d’information mais à mettre en œuvre des procédés pour filtrer, réduire et gérer l’information surabondante qu’ils reçoivent ». Grâce au web 2.0, tout le monde peut exprimer son avis, et tout le monde l’exprime dans son coin (son blog personnel, le forum de sa communauté, sa page facebook,…). Face à cette masse de données, être correctement informé devient un challenge en soi dans le contexte du web2.0.
Les systèmes de syndication ont apporté un début de solution à ce problème et une initiative comme le projet LinkingOpenData* montre que le web 2.0 peut tirer profit du web sémantique pour devenir le véritable web des données. Un web qui ressemblerait de plus en plus à ce qu’imaginait [Bush, 1945] avec le Memex, un moyen de partager des connaissances, de les recommander et de les lier les unes aux autres.

Le réseau du débat

Notre approche du débat se concentre essentiellement sur l’aspect réseau, réseau social entre les acteurs du débat mais aussi réseau entre les objets du débat, les arguments, les documents, des lieux, des thèmes,…
Nous définissons le réseau des débats comme étant un réseau hétérogène, c’est à dire un réseau reliant des objets de types différents avec des relations de types différents. Les nœuds du réseau pouvant être de natures différentes (citoyens, sujets, débats, arguments, rôles, documents,…). Les relations du réseau pouvant être de natures différentes et orientées (ami, collègue, est_auteur, a_commenté, est_sous_débat…).
Cependant, un tel réseau pose des problèmes d’analyse. En SNA (Social Network Analysis), la plupart des réseaux considérés sont homogènes (un seul type d’objets) et mono-relationnels. Et les métriques proposées n’ont de sens que pour ce type de réseaux.
Dans [White, 2008], Harrisson C. White considère qu’à un individu est associé une multitude de réseaux dépendant des domaines de compétences ou des centres d’intérêt de l’individu et des relations qu’il entretient avec d’autres individus dans ces domaines. Il nomme cet objet « réseau-domaine » un NetDom (pour Network and Domain). L’individu est alors en permanence en train de changer («switch») de NetDom. Quand White tente de schématiser cet ensemble de réseaux, il dessine un ensemble de plans parallèles, chaque plan étant le support d’un graphe de relations entre les individus. En quelque sorte, White montre qu’un réseau social multi-relationnel peut être décomposé en un ensemble de réseaux mono-relationnels.
Dans [Ferrand, 2007] et [Nadel, 1970], les relations entre les individus sont fortement liées à la notion de rôles. Et, « toute relation ainsi identifiée est censée signifier toute la série de comportements qu’elle subsume. Ainsi, l’”amitié” se manifeste à propos de modes d’action divers, saisissables en des occasions aussi différentes que l’entraide dans les périodes de crise, l’échange de conseils, le plaisir d’être ensemble et certaines réactions affectives particulières. » Dans notre cas, les objets de notre réseau sont soit des individus (acteurs jouant des rôles), soit les vecteurs d’interaction entre ces acteurs. Ce deuxième type d’objet permet donc de mettre en évidence des comportements entre acteurs.
Pour l’assistance et les visualisations dans le cadre des débats, nous nous appuierons sur l’analyse du réseau. Que celui-ci soit mono-relationnel et homogène ou hétérogène et multi-relationnel, qu’il soit considéré comme complet ou personnel (centré sur un individu).

Problématiques

Dans le domaine des débats électroniques, les problématiques suivantes ont été relevées sur lesquelles nous pensons qu’une analyse du réseau peut-être la base d’une solution  :

  • L’accès aux informations.

[Vedel, 2003] «pour prendre de bonnes décisions et participer à part entière au processus démocratique, les citoyens doivent être complètement informés.» « pour être parfaitement éclairé, le citoyen a besoin d’information mais aussi d’information sur l’information. » «les citoyens sont plutôt des animaux politiques paresseux qui s’efforcent d’économiser leur énergie : une grande part de leur activité consiste non pas à rechercher plus d’information mais à mettre en œuvre des procédés pour filtrer, réduire et gérer l’information surabondante qu’ils reçoivent. » Dans [Caillon et al, 2002] , les auteurs insistent sur l’objectif de formation des débats. Un débat doit lever des incertitudes et cela passe par la formation, l’éducation des citoyens. C’est particulièrement vrai quand il est question de sciences et de technologies. Les experts se doivent de transmettre ce qu’ils savent mais ne doivent pas considérer qu’ils détiennent l’unique vérité. « il faut abandonner la facile opposition entre ceux qui savent et ceux qui ne savent pas, pour accepter la notion de groupe concerné et pour reconnaître à ces groupes la capacité de co-produire les savoirs qui leur sont destinés. »

  • La polarisation des opinions dans les débats.

[Price, 2006] craint que sur internet le risque que les discussions créent une polarisation des opinions ne soit encore plus présent. En discutant toujours avec les mêmes personnes, les gens ont tendance à adopter la même position et à se radicaliser. Un débat entre personnes ayant tous la même opinion n’est plus un débat. [Sen, 2005] «L’idéal du débat public est étroitement lié à deux pratiques sociales bien spécifiques qui méritent une attention toute particulière: la tolérance à l’égard de points de vue différents (y compris le fait de se trouver d’accord pour être en désaccord) et l’encouragement au débat public (y compris au fait d’adhérer à l’idée qu’il peut y avoir enrichissement et enseignement réciproques).» [Granovetter, 1973] considère qu’un groupe de personnes reliés par des liens forts vont avoir tendance à renforcer leurs opinions communes. Il préconise l’utilisation des liens faibles comme moyen d’ouverture du groupe en prenant en compte des points du vues différents car émis par des gens ayant accès à d’autres informations.

  • Détecter et aider les groupes d’opinions émergents

[Caillon et al, 2002] « Au fur et à mesure que les savoirs réduisent les incertitudes, de nouvelles options émergent, qui suscitent de nouvelles inquiétudes. Des groupes concernés disparaissent ou se transforment en groupes de pression, d’autres réapparaissent et relancent la recherche. Cette dynamique est centrale, car c’est d’elle que dépend la possibilité d’aboutir à des solutions satisfaisantes et de construire un monde commun dans lequel des identités multiples et différentes coexistent. » Les groupes émergents sont particulièrement importants car ils sont désorganisés et peu nombreux par rapport aux groupes déjà constitués et ils sont les représentants des nouvelles tendances dans le débat.
Nous exprimons ces trois problématiques de la façon suivante :

Identité, rôles et communautés

Dans les travaux de Fanny George [Georges, 2009], l’identité numérique est fortement définie par l’activité de l’individu au sein de son réseau. [Passant, 2009] s’appuie sur les ontologies FOAF* et SIOC* pour représenter l’individu et son réseau, mais aussi son activité dans une communauté. La définition de communauté chez A Passant vient de [Breslin et Decker, 2007], c’est un ensemble d’utilisateurs constituant un réseau autour d’objets particuliers (object centered sociality) indicateurs de centres d’intérêts communs.
Dans [Ferrand, 2007] et [Nadel, 1970], une communauté est structurée par un ensemble de normes représentées par des rôles et les comportements qu’ils impliquent.
Notre premier problème est donc, si l’on veut pouvoir correctement étudier la structure d’une communauté, de pouvoir prendre en compte, dans la définition de l’identité les rôles existants, les comportements qu’ils impliquent et les transgressions qui sont faites (c’est par ces transgressions que les définitions des rôles peuvent être amenées à changer).

Force des liens relationnels

[Granovetter, 1973] définit la notion de « liens forts, liens faibles ». C’est une mesure de la « force » d’une relation entre deux individus basée sur quatre quantités : le temps passé, l’intensité émotionnelle, le degré d’intimité, le nombre et l’importance des services rendus. Un groupe d’amis a donc tendance à être un ensemble de personnes liées par des liens forts. Granovetter estime que deux amis ayant un lien fort ont de fortes probabilités d’entretenir les mêmes relations envers les autres individus du réseau. Leurs réseaux personnels ont tendance à être identiques. Il considère alors que si l’on veut rapidement propager une information à un grand nombre de personnes, il faut la communiquer via ses liens faibles. Ainsi, l’information transite de groupes en groupes. Une information transmise via un lien fort ne va atteindre que les personnes d’un même groupe et risque d’être répétée dans le groupe. Autre intérêt des liens faibles, ils sont l’occasion de connaître des personnes évoluant dans d’autres groupes et donc ayant des connaissances et des opinions différentes.
Notre deuxième problème est donc d’être capable dans un réseau de caractériser des liens forts et des liens faibles. Nous considérons pour cela que les outils du web social actuel permettent de qualifier les relations de fortes ou faibles en fonction de données quantitatives (telles que le nombre de messages échangées, la fréquence, le nombre de photos partagés, le nombre de groupes partagés,…) mais aussi en se basant sur la sémantique des relations déclarées par les individus (amis facebook, collègues linkedin, anciens camarades de classe copains d’avant,…).

Argumentation

Toujours dans un contexte de débat, les outils de web2.0 actuels permettent de discuter entre utilisateurs. La plupart du temps, ils permettent d’émettre des commentaires libres et donc d’exprimer toute sorte d’opinion. L’ontologie SIOC permet très bien de représenter ce genre de relations (u1 a ajouté un commentaire à l’article du blog de u2, u1 a répondu au topic de u2, …). Mais SIOC est incapable de représenter que « u1 s’est opposé à l’argument de u2 via sa réponse». Et nous ne connaissons pas d’ontologies web actuellement capable de représenter ce genre de relations. En fait, nous ne connaissons pas d’outils web2.0 permettant de déclarer « je vais m’opposer » ou « je vais soutenir » l’argument de cet autre utilisateur. Souvent, cette information s’exprime par le biais d’un système de vote, mais il est rare que le vote ait à être justifié. Et quand bien même, un débat ne s’arrête pas à des arguments pour et contre. Un véritable argumentaire est fait d’exemples, de propositions, de témoignages, de démonstrations (c’est à dire d’énoncé ayant valeurs de preuves ou de contre-exemples)… Un argumentaire est constitué de nombreux actes de langages. Si le web 2.0, en ayant fait le choix de la simplicité d’utilisation, laisse bien la possibilité aux utilisateurs d’exprimer tous les actes de langages qu’ils souhaitent librement, il pose aussi le problème de l’interprétation de ces actes de langage. Un message dans un certain contexte peut très bien paraître comme un compliment alors qu’en réalité il est ironique. Et suivre un débat à grande échelle dans ce contexte nous paraît impossible. Cela demanderait à relire l’intégralité des arguments pour avoir une vue d’ensemble de l’argumentaire.
C’est notre troisième problème, comment représenter les différents actes de langages nécessaires à la construction d’argumentations et comment permettre aux utilisateurs de les exprimer sans que l’utilisation s’éloigne trop du principe de simplicité d’usage du web 2.0.

Méthodes employées

Nous proposons trois méthodes d’analyse du réseau des débats:

Analyse de la structure sociale

Caractériser dans le réseau l’existence de structures sociales [Nadel, 1970] « la structure d’une société s’obtient par une opération d’abstraction à partir des personnes concrètes et de leurs comportements; cette abstraction permet de construire le modèle, le réseau (ou le système) de relations qui s’institue “entre des acteurs envisagés dans leur aptitude à jouer des rôles à l’égard les uns des autres” ».
Nous nous intéresserons donc principalement aux fonctions, comportements subsumés par les rôles. Nous rechercherons des patterns, des graphes de relations entre rôles récurrents dans les graphes des débats.

Analyse des liens forts-faibles

Caractériser l’intensité des relations entre les individus en se basant sur les notions de liens forts et liens faibles. Pour se faire, nous étudierons les relations déclarées entre les individus (je suis ami de, marié avec, …) et les interactions entre ceux-ci par le biais d’autres objets du débat (par cette argument je m’oppose à, j’ai lu le même document que, je m’intéresse aux mêmes sujets que,…).

Ontologie de l’argumentation, oppositions entre actes de langages

Définir une ontologie de l’argumentation par laquelle nous pourrons représenter des oppositions entre les arguments et analyser les échanges argumentatifs entre les individus.

Expérimentations

Nous présentons ici trois protocoles d’expérimentation permettant de récupérer les données nécessaires à la mise en place de nos méthodes d’analyse:

Moissonnage de données sociales

Le premier protocole consiste à s’appuyer sur un moissonnage de données provenant de plateformes existantes de réseaux sociaux comme facebook, myspace ou twitter dont les APIs permettent de facilement interroger les données utilisateurs. Nous allons ainsi représenter le réseau d’un utilisateur dans le prolongement de [Georges et al, 2009].
Nous pensons que les plateformes web de réseaux sociaux vont tendre vers des formats d’échange de données afin de permettre aux utilisateurs de n’avoir plus qu’un seul compte utilisateur sur le web. Cette idée est présentée dans [Passant, 2009], elle repose sur l’utilisation de FOAF et OpenID*. A Passant présente même dans [Passant et al, 2009] une vision ou la gestion des droits d’accès aux données d’un utilisateur serait intimement liée à la gestion de son réseau.
Ce protocole expérimental ne nécessite pas de réunir un groupe d’utilisateur. Nous nous reposons uniquement sur l’utilisation d’applications permettant de moissonner des données d’utilisateurs sur les différents outils de réseaux sociaux qu’ils utilisent.

Utilisation d’outils de discussions

Le deuxième protocole expérimental consiste à faire discuter un ensemble d’utilisateurs durant une séance sur un sujet à partir d’un ensemble de documents de référence.
La reproduction de ce protocole repose sur l’utilisation de différents textes et outils de discussions (forum, annotation, environnement « second life », …).
Nous évaluons ensuite la qualité des argumentations et nous typons avec les utilisateurs les actes de langage qu’ils ont utilisé.
Ensuite, nous essayons de proposer des « templates » de saisies des arguments correspondant aux types d’actes de langage définis. Nous essayons donc de modifier les interfaces de saisies des outils afin d’introduire de la sémantique interprétable par des agents logiciels.
Ce type d’expérimentation correspond à l’expérimentation nanotechnologie menée cette année.

Tagging

Le troisième protocole repose essentiellement sur l’utilisation du tagging.
Nous cherchons à détecter des communautés à partir des ressources autour desquelles elles se rassemblent.
Pour ce faire, nous proposons aux utilisateurs d’utiliser l’annotation ou le tagging, à la façon des outils de bookmarking social comme delicious* ou diigo*, afin de signaler le domaine d’une ressource. Ainsi nous savons ce qui intéresse les utilisateurs et à quels domaines ils rattachent ces ressources.
Nous avions tenté lors du stage de Master 2 et durant le congrès ECAP08 de faire tagger des textes à nos utilisateurs en même temps qu’ils pouvaient annoter celui-ci.

Technologies employées

Au cours de cette première année nous avons utilisé plusieurs technologies afin de mettre rapidement en place nos premières expérimentations. Le premier besoin était de disposer de données provenant de discussions. Nous avions fait le choix d’utiliser l’annotation comme moyen de discussion. Pour cette nouvelle année, l’annotation va être expérimentalement comparée à d’autres solutions (forums, blogs, second life,…). Cependant, nous discuterons ici des choix  technologiques qui ont été fait concernant l’annotation.
Durant le stage de Master 2, nous avions greffé une solution d’annotation non aboutie dans le CMS SPIP* en php.
Suite au stage de Master 2, nous avions cette fois utilisé la plateforme Xwiki* pour greffer l’annotation. Le core de Xwiki est en Java et utilise les langages de script Velocity et Groovy pour la partie web.
Ces deux solutions nous ont semblé dans un contexte de prototypage rapide. Nous pouvions profiter des autres fonctionnalités des plateformes sans avoir à les développer. Cependant, le rapport des fonctionnalités nécessaires à nos expérimentations sur le nombre de fonctionnalités proposées par ces plateformes est très faible (plus élevé dans le cas de Xwiki). Ensuite, l’intégration de l’annotation a à chaque fois été un véritable défi. Il a fallut se ré-approprier un environnement certes libre, mais dont le code était peu documenté. De plus, ces solutions limitent l’utilisation de l’annotation et donc des discussions au cadre de la plateforme contenant. Ce choix peut être judicieux, après tout le projet Intermed doit au final proposer une plateforme. Mais peut aussi paraître contraignant si on aspire à un débat plus ouvert sur le web.
L’autre solution que nous avons mis en place avait quand à elle cet avantage de permettre de débattre à partir de n’importe quelle ressource du web. Nous nous étions basé sur le protocole Annotea* du W3C et avions développé un plugin pour Firefox à partir du plugin Annozilla* déjà existant. Le protocole Annotea est un protocole de communication client-serveur basé sur le protocole HTTP. Il permet à un serveur de stocker des annotations provenant de clients respectant le protocole de communication. Les annotations doivent pouvoir être récupérées selon un format RDF. Le plugin Annozilla développé en javascript permet de transformer le navigateur Firefox d’un utilisateur en un client d’annotation. Le protocole Annotea n’a pas eu à évoluer depuis 2001, et de nombreux projets reposent sur ce protocole, notamment concernant l’annotation de ressources vidéos. Cette solution paraît être la plus pérenne. Annotea restant le protocole de référence dans ce domaine. De plus, le format RDF permet d’envisager de multiples évolutions sémantiques concernant les annotations, ce qui correspond à nos besoins d’ontologie de l’argumentation. Cependant, le développement de clients adaptés à tous les navigateurs reste un développement couteux en temps, ce qui ne correspond pas à nos besoins de prototypage rapide. Et nous avons dans Intermed un besoin de gestion des documents de départ. Dans une telle solution, cela veut dire que la gestion des documents est totalement détachée de la gestion des annotations. Les documents peuvent alors être édités et stockés dans un wiki comme ce fut le cas au cours des débats nanotechnologie ou bien être stockés dans n’importe quel autre site. Par exemple, le blog du débat sur les nanotechnologies est annotable comme toute autre page web. Pour les premières expérimentations Intermed, nous avions développé un portlet de gestion des débats permettant notamment d’uploader des documents HTML. La technologie portlet nous semble être un choix pertinent concernant la création d’une plateforme de débat intégrant de multiples fonctionnalités. Surtout que les meilleurs portlets containers actuels permettent tout comme les CMS de créer plusieurs sites web à partir d’un même serveur d’application et de paramétrer les fonctionnalités offertes par les portlets en fonction des différents sites. Cependant, le développement de portlets a un cout non négligeable et peut-être non adapté à un prototypage rapide.
La dernière alternative concernant l’annotation est l’intégration d’une autre plateforme dont nous maîtrisons la relation avec les développeurs afin de faire de celle-ci un client Annotea. Wybo Wiersma est venu au LIRMM une semaine afin de nous aider à prendre en main sa plateforme LogiLogi*. L’annotation y est déjà intégrée ainsi que des fonctionnalités de base d’un forum et des fonctionnalités plus avancées (réponse à de multiples messages, tagging, gestion de groupes, profils OpenID). Cette solution nous semble la plus pertinente dans une optique de prototypage rapide et d’expérimentations à faible durée. Mais nous considérons cette solution comme contraignante en terme d’ouverture des débats sur le web en général.
Il reste que dans notre vision d’un débat ouvert sur le web, ou n’importe quelle ressource peut devenir un élément de débat, il restera nécessaire d’avoir une interface permettant d’avoir une vue globale sur les débats. Une sorte de portail web permettant de centraliser toutes les informations relatives aux débats en cours, que les discussions aient lieu dans un blog, un wiki, un forum, un espace 3D, un channel IRC, …

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